Un entrepreneur à deux ans de la retraite. Réussite professionnelle incontestable, affaires personnelles en désordre complet. Il ne sait plus exactement combien de comptes bancaires il a ouverts. Il pense avoir un pilier 3A — mais ne sait plus dans quelle banque. Il possède un appartement en Espagne, acheté il y a quinze ans, dont il a perdu les documents. Il n'a pas de testament et ne sait pas s’il convient d’envisager une donation de ses biens immobiliers à ses héritiers de son vivant.
Ce profil n'est pas une exception. C'est la majorité.
La préretraite est l'un des rares moments de la vie où l'on est forcé de faire le point sur l'ensemble de sa situation patrimoniale. Autant s'y préparer — et ne pas attendre que ce soit une crise qui l'impose.
Ce que vous devez absolument savoir sur votre propre patrimoine
Avant de parler d'optimisation ou de stratégie, il y a une question plus basique : savez-vous exactement ce que vous avez ?
Comptes bancaires, placements et piliers de prévoyance
Combien de comptes bancaires avez-vous en ce moment ? Dans combien d'établissements ? Y a-t-il des comptes inactifs que vous avez oublié de fermer ? Quel est le montant de votre avoir dans la caisse de pension ? Avez-vous encore des avoirs sur un compte de libre passage? Avez-vous un ou plusieurs piliers 3A — et dans quelle banque ou compagnie d'assurance ?
Ces questions semblent élémentaires. Elles ne trouvent pas toujours de réponse immédiate.
Biens immobiliers en Suisse et à l'étranger
La détention d’un bien immobilier à l’étranger entraîne l’application de dispositions juridiques et fiscales propres au pays concerné, notamment en matière de succession et de transmission du patrimoine. Un appartement acheté en France, en Italie ou en Espagne ne se transmet pas comme un bien sis en Suisse. À cela peuvent s’ajouter les effets de conventions de double imposition et d’accords bilatéraux conclus entre le pays de résidence du propriétaire et le pays de situation du bien, dont les implications méritent une analyse attentive afin d’être au clair sur toutes les conséquences fiscales ou successorales.
Assurances, contrats, mandats en cours
Assurance vie, assurance invalidité, couverture accidents — les conditions et les bénéficiaires désignés ont-ils été mis à jour depuis la souscription ? Un contrat signé il y a vingt ans avec votre ex-conjoint comme bénéficiaire peut réserver une surprise désagréable à votre famille.
Ce que le pilier 3A devient dans une succession — un point méconnu
Le pilier 3A est souvent la surprise de la succession. Contrairement au patrimoine ordinaire, il ne suit pas les règles successorales habituelles : il est versé directement aux bénéficiaires prévus par le contrat de prévoyance, dans les limites de l’ordre légal fixé par le droit suisse de la prévoyance. Le conjoint ou partenaire enregistré survivant est prioritaire. En l’absence de conjoint ou de partenaire enregistré, certaines adaptations sont possibles parmi les cercles de bénéficiaires admis par la loi. Si vous ne l’avez pas fait, les bénéficiaires peuvent ne pas être ceux que vous auriez souhaité. Dans tous les cas, les réserves héréditaires définies par le code civil suisse doivent être prises en compte.
Checklist : les 10 documents à retrouver avant la retraite
Voici les documents prioritaires à rassembler et à mettre à jour avant de passer à la retraite. Cette liste n'est pas exhaustive — mais couvrir ces dix points représente déjà l'essentiel.
- Relevé de compte individuel AVS (extrait du compte individuel — disponible sur demande auprès de la caisse de compensation)
Pourquoi ? Pour vérifier que toutes vos années de cotisation sont bien enregistrées. Une lacune non corrigée avant la retraite ne peut plus être rattrapée.
- Certificat de prévoyance de votre caisse de pension (LPP)
Pourquoi ? Pour vérifier le montant de votre avoir, les options de rente ou de capital, et la date à laquelle vous devez notifier votre décision.
- Attestations de tous vos piliers 3A, avec la désignation des bénéficiaires
Pourquoi ? Pour s'assurer que les bénéficiaires désignés sont à jour et cohérents avec vos volontés actuelles.
- Actes de propriété ou titres de tous les biens immobiliers (Suisse et étranger)
Pourquoi ? Pour identifier chaque bien, sa structure de détention, et les règles applicables en matière de succession et de transmission du patrimoine.
- Contrats d'assurance vie et invalidité, avec désignation des bénéficiaires
Pourquoi ? Pour vérifier que les bénéficiaires et les montants assurés correspondent toujours à votre situation familiale actuelle.
- Testament ou pacte successoral, si existant
Pourquoi ? Pour s'assurer qu'il est toujours à jour, qu'il reflète fidèlement vos volontés actuelles et qu’il pourra être facilement retrouvé et pris en compte par les personnes concernées au moment de votre décès. Un testament rédigé il y a quinze ans peut ne plus correspondre à votre situation familiale ou patrimoniale.
- Mandant pour cause d'inaptitude (MCI)
Pourquoi ? Pour désigner la personne qui gérera vos affaires si vous devenez incapable de discernement. Sans MCI, c'est le tribunal qui désigne un curateur — qui peut ne pas être la personne que vous auriez choisie.
- Directives anticipées du patient (DAP)
Pourquoi ? Pour indiquer vos souhaits en matière de soins médicaux si vous n'êtes plus en mesure de les exprimer et désigner un représentant thérapeutique. Document distinct du MCI mais complémentaire.
- Liste complète de vos comptes bancaires, placements et crédits en cours
Pourquoi ? Pour permettre à vos proches — ou à votre accompagnateur — d'avoir une vue consolidée de votre patrimoine financier sans devoir reconstituer le puzzle.
- Structure de détention de vos actifs (sociétés, participations, structures juridiques)
Pourquoi : identifier toutes les entités dans lesquelles vous avez des intérêts, et vérifier que la documentation (statuts, registre des actionnaires, convention d’actionnaires) est à jour.
Comment faire l'inventaire de son patrimoine en 4 étapes
Étape 1 — Rassembler sans juger
Sortir tous les documents, relevés, contrats, actes — physiques et numériques. Sans trier, sans évaluer. L'objectif de cette étape est uniquement de tout rassembler au même endroit. Ne pas passer du temps à chercher ce qui manque : noter les lacunes et continuer.
Étape 2 — Classer par catégorie
Organiser ce qui a été rassemblé en grandes catégories : prévoyance (AVS, LPP, 3A), actifs financiers (comptes, placements, participations), actifs immobiliers (Suisse et étranger), assurances, documents juridiques (testament, MCI, statuts de sociétés), et divers.
Étape 3 — Identifier les lacunes
Pour chaque catégorie : qu'est-ce qui manque ? Quels documents sont périmés ou incomplets ? Quels bénéficiaires n'ont pas été mis à jour ? Quelles structures n'ont plus de raison d'être ? Cette étape produit une liste d'actions concrètes.
Étape 4 — Prioriser les actions
Classer les lacunes par urgence et par impact. Ce qui touche à la succession et à la prévoyance en priorité absolue. Puis ce qui génère des coûts ou des risques inutiles (structures dormantes, assurances en doublon). Enfin, ce qui relève de l'organisation pure (classement, numérisation, mise à jour des documents).
Les erreurs qui coûtent cher à la retraite
Retirer son capital LPP au mauvais moment
Le choix entre rente et capital de la caisse de pension est irrévocable. Il doit être notifié à l'avance — généralement plusieurs mois avant la retraite. Une fois la décision prise, elle ne peut pas être modifiée. Et pour ceux qui optent pour le capital : l'imposition du retrait dépend du canton et de l'année de retrait. Retirer le capital de plusieurs sources (LPP + 3A) la même année peut créer un pic d'imposition significatif et évitable.
Le pilier 3A oublié — et ses impacts sur la succession
Un pilier 3A non retiré avant 70 ans est automatiquement liquidé. Mais si les bénéficiaires désignés n'ont pas été mis à jour depuis la souscription, le capital peut aller à des personnes qui ne correspondent plus à vos souhaits actuels. Dans une succession, le pilier 3A sort de la masse successorale et est versé directement aux bénéficiaires désignés — ce qui peut créer des déséquilibres importants entre héritiers si ce point n'a pas été anticipé.
Les biens à l'étranger non structurés
Un bien immobilier acheté à l'étranger sans réflexion sur la structure de détention peut générer des complications successorales considérables. La règle générale en droit international privé : les biens immobiliers sont soumis à la loi du pays où ils se trouvent. Les droits de succession locaux, les délais de traitement, la langue des procédures — tout cela peut transformer une transmission prévue comme simple en un processus de plusieurs années.
Les assurances jamais mises à jour depuis 20 ans
Un contrat d'assurance vie souscrit en début de carrière avec votre premier conjoint comme bénéficiaire, une couverture invalidité dont le montant assuré correspond à un salaire de 1998, une assurance ménage qui couvre un appartement que vous avez vendu depuis — ces situations sont fréquentes. Elles représentent soit des coûts inutiles, soit des risques réels en cas de sinistre ou de décès.
Quand faire appel à un accompagnateur externe ?
Les 3 signaux que vous avez besoin d'aide
Il y a des situations où faire l'inventaire soi-même est possible — et des situations où ça ne l'est plus. Voici trois signaux qui indiquent qu'un accompagnateur externe apportera une valeur réelle :
- Vous avez des actifs dans plusieurs pays. Les règles fiscales et successorales de chaque pays doivent être coordonnées — c'est rarement quelque chose qu'on peut faire seul, surtout sans connaissance du droit applicable.
- Vous ne savez pas par où commencer. Si la liste des choses à faire est si longue qu'elle paralyse, c'est le signe qu'il faut quelqu'un pour prioriser à votre place — pas pour faire à votre place, mais pour clarifier ce qui est urgent, ce qui est important, et ce qui peut attendre.
- Votre situation familiale est complexe. Enfants de différentes unions, héritiers aux intérêts divergents, biens communs avec un associé ou un partenaire — ces situations nécessitent une anticipation fine pour éviter les conflits successoraux.
Ce qu'un Stratège Privé peut faire que vous ne pouvez pas faire seul
Un Stratège Privé vous accompagne dans l’organisation de votre patrimoine et la préparation de votre succession. Concrètement : il fait l'inventaire avec vous, identifie les lacunes et les risques, coordonne les démarches nécessaires et fait appel à des spécialistes lorsque la situation l’exige, notamment en présence d’actifs ou de problématiques à l’étranger. Il fait avancer vos dossiers, coordonne les différents intervenants et s'assure que rien ne reste dans un tiroir. Le résultat : une vue d'ensemble claire, des documents à jour, et la tranquillité d'esprit de savoir que vos affaires sont en ordre.
Conclusion
Organiser ses affaires avant la retraite n'est pas une tâche administrative parmi d'autres. C'est un acte de protection — pour vous, et pour ceux qui vous succèderont.
Le meilleur moment pour le faire est maintenant — avant qu'un événement vous y oblige dans l'urgence.
Si vous souhaitez faire le point sur votre situation patrimoniale ou si vous ne savez tout simplement pas par où commencer, MB Projets vous accompagne de l'inventaire initial à la mise en ordre complète de vos affaires.
